Pirates of the Burning Sea
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Base de données

mercredi 13 décembre 2006, par Helavar

Base de données

La nuit de la Burning Sea :

« Je me souviens de ce soir-là, même après que cinquante années se soient écoulées. Comment pourrais-je oublier ? De toute ma longue vie, jamais je ne fus témoin d’une telle malveillance, d’une telle cruauté…

… Cortés se retrouvait acculé. La baie qui lui avait servi de refuge tandis qu’il chargeait ses navires de prisonniers et d’or, était devenu piège dont il ne se pouvait extraire. Mais alors que nos troupes s’apprêtaient à lui porter le coup de grâce, il accomplit l’impensable. Se sachant perdu, Hernán Cortés bouta feu à l’ensemble de sa flotte et largua les amarres…

... les navires venaient au contact les uns les autres, les flammes s’élevaient. Les eaux de la baie de Port-au-Prince ne reflétaient plus que le rouge et l’orange d’une mer en feu. Obsédé par l’idée de voir tomber son trésor entre nos mains, Cortés n’avait pas même pris le temps de désentraver les prisonniers. Ainsi que les vaisseaux et l’or, ils finirent tous la proie des flammes…

... Je me souviens de ce coucher de soleil et du feu qui dévorait la mer et le ciel. La lueur des flammes était comme un second soleil, projetant ses rayons aussi loin que Mathew Town à l’est, Trinidad à l’ouest et Port Royal au sud...

… Des milliers de personnes trouvèrent la mort au cours de cette nuit-là, sur le bûcher qu’Hernán Cortés avait fait de ses propres navires. Un bûcher qui donna son nom à la Nuit de la Burning Sea. »

Bribes des mémoires du contre-amiral Jack Soothby, Marine royale, 1593

Capitaines Clay Holly et Arden Tellini :

Si la prise du vaisseau amiral de Tasca demeure l’un des plus fameux actes de bravoure de Clay Holly, la destruction de la petite ville portuaire de Bella Ardenna suscite en général l’incompréhension. C’est en apprenant d’un agent espagnol la découverte de grandes quantités d’or sur les contreforts surplombant la plantation de Tellini – le cœur économique de la région – que Holly décida de faire assaut à la ville. Bien résolu à s’emparer de cet or, Holly donna à l’ensemble de ses navires (car il avait alors rassemblé une petite flotte) ordre de raser le port. Par centaines furent occis les habitants, mais une jeune fille se disant baptisée Ariel Mendoza – une survivante du bombardement – parvint à convaincre les gens du capitaine d’épargner sa vie et même à rejoindre l’équipage. Lorsque le pirate apprit que cette histoire d’or n’était que pure invention, lui et ses gens repartirent vers le large, emportant avec eux Mendoza.

« Mendoza » s’avéra matelot des plus habiles ; à en croire les rumeurs, elle était également proche – très proche – de son capitaine. Bien qu’affectée en cuisine à son arrivée à bord, les facultés naturelles de la jeune femme et l’étrange recrudescence de bagarres et de meurtres à bord lui valurent une rapide promotion au rang de second – elle était devenue la main droite de Holly. Ariel Mendoza n’était toutefois pas ce qu’elle prétendait. Un jour qu’ils venaient de capturer une frégate française, Mendoza conduisit le capitaine en sa cabine et pointa un pistolet droit sur son cÅ“ur. Elle lui révéla son véritable nom, Arden Tellini, et exigea de lui l’identité de son informateur espagnol. Lorsqu’il lui eut répondu Diego Ortiz (un nom d’emprunt, sans nul doute), elle le remercia d’un coup de feu qui emporta sa main.

La perte de sa main et la désertion de l’ensemble des femmes de son équipage (qui se joignirent à Tellini pour devenir ses plus fidèles « Vierges de Fer ») étaient suffisantes à pousser le capitaine à sanglante vengeance. Mais lorsque Tellini s’empara également de la frégate française et la rebaptisa le Crimson Saber, c’est au bord de la folie que sombra Clay Holly. Non seulement est-il maintenant déterminé à récupérer ce qu’il considère sa propriété de droit, mais il a encore juré de refaire d’Arden – qu’il ne peut s’empêcher d’admirer et haïr tout à la fois – son second. Dans son esprit assoiffé de vengeance, cela n’exclut certes pas de tirer une balle dans le pied de Tellini avant de l’autoriser à remonter à bord. Qu’il puisse envisager sérieusement un tel dénouement, voilà preuve éclatante de toute l’arrogance et l’orgueil de Clay Holly.

Extrait de Troubles au large des colonies espagnoles : Le regard d’un honnête homme sur la piraterie au 18ème siècle par Reginald B. Whitman, 1872.

La fin de Drake :

Tout navigateur britannique connaît la légende de Sir Francis Drake. Il terrorisa les colonies espagnoles, fit le tour du globe et se couvrit de gloire en triomphant de l’Armada espagnole. Il déposa or, trésors et épices aux pieds de la reine Elizabeth et inspira par ses exploits tous les véritables patriotes. La fin de ce grand homme fut moins glorieuse malheureusement. Il entreprit une ultime campagne contre l’Espagne dans les Caraïbes mais échoua à prendre San Juan. C’est alors qu’il contracta la dysenterie. Malgré la maladie il trouva la force de s’habiller et s’adresser à ses hommes pour relever leur moral, mais rendit son dernier souffle dans l’heure qui suivit.

Le corps du capitaine Drake fut scellé en un cercueil de plomb et rendu à l’océan, au large de la ville espagnole de Portobelo. Des rumeurs veulent que son corps fût rapporté en Angleterre dans une barrique de bière, mais ce ne sont là que mensonges. Drake était un homme de la mer, et fut inhumé comme tel. Il repose sous la surface depuis plus d’un siècle maintenant. Certains marins croient fermement que la découverte du cercueil du capitaine Drake serait le signe annonciateur du triomphe final de la couronne britannique sur l’Espagne. D’autres affirment que jamais ce cercueil ne sera retrouvé, Drake étant engagé dans un combat éternel contre Davy Jones en personne. S’il existe un britannique capable de mettre le diable en fuite, c’est bien Sir Francis Drake. Alors levons notre verre à Drake, où qu’il puisse être !

Tiré de la correspondance du capitaine Ian Kensington, Marine royale, 1720

Le Maqahauba :

Je sais ce qui se raconte dans les salons parisiens, l’ayant moi-même entendu avant mon voyage vers l’enfer. Les histoires d’anciennes révélations et de secrètes connaissances, l’attrait de l’interdit. La véritable sagesse qui ne se trouverait pas dans la Bible mais dans les contrées sauvages du monde. J’ai donc embarqué en port de Marseille, en direction des Caraïbes, à la recherche des traces d’un savoir antédiluvien.

Débarqué sur l’île Santa Lucia, je rencontrai rapidement d’autres personnes dans mon cas. C’est par eux que j’entendis le nom de Maqahauba pour la première fois. Je ne connaissais pas alors la signification de ce mot, mais la façon dont il restait suspendu dans l’air me fit frémir. Ces explorateurs m’emmenèrent avec eux jusqu’en un lieu nommé Qualibou, site d’un ancien volcan. Là ils lièrent connaissance avec les indigènes et dans l’obscurité de la nuit se livrèrent à un rituel profane. Je ne saisissais pas le sens de leurs paroles, mais je reconnus un mot, incanté encore et encore : Maqahauba ! Je commençai de suer abondamment, et c’était comme si mes vêtements étaient sur le point de s’embraser, j’aurais juré pouvoir sentir déjà l’odeur de brûlé. Mais mon heure n’avait pas encore sonné. Ce fut un espagnol que le feu engloutit, un marin perdu qui brûla d’une lueur intense sur le bûcher. Je le voyais hurler, mais n’entendais rien. C’est ainsi que je fis l’expérience du monde secret.

Maqahauba. Point de sagesse ancienne, mais bien plutôt un mal ancien. Prenez garde au Serpent embrasé !

Tiré de Les Caraïbes brûlent par Etienne LeClerc. Publié par les frères Henri, Paris, 1703.

Le destin du capitaine Kidd :

Pour ses ennemis, il n’était pas de capitaine plus redoutable que William Kidd. Il naviguait avec lettre de marque portant le sceau du Roi et courait les ennemis de l’Angleterre. Mais celui en qui l’un peut voir un corsaire dévoué n’est plus qu’un odieux pirate aux yeux d’un autre, et les ennemis de Kidd le décrivaient volontiers comme un homme cruel, prompt aux pires dépravations. Quand le récit de ces actes ignobles – dépouillé des circonstances qui dans l’esprit du capitaine les avaient rendus nécessaires – parvint aux ennemis du Roi d’Angleterre, ils conspuèrent Kidd pour n’être qu’un pirate et s’indignèrent avec tant ardeur qu’une certaine nervosité gagna les soutiens politiques du capitaine. Lorsque se répandirent à son sujet des rumeurs d’assaut sur des navires de la couronne britannique, ses protecteurs en conclurent qu’il apportait par trop de problèmes pour le laisser continuer de la sorte. Ils utilisèrent toutes les armes des palais – bureaucratie, déclarations, contrats et autres tractations – pour précipiter la chute de Kidd. Il advint ainsi qu’à l’aube du 18ème siècle le capitaine fut capturé dans la ville coloniale de Boston, puis jugé par la Haute Cour de l’Amirauté. Les anciens soutiens de Kidd dissimulèrent des documents qui auraient pu exonérer le capitaine de l’Adventure Galley et son équipage, et la colère de plus en plus vive suscitée par les pratiques peu amènes des corsaires britanniques en mer des Caraïbes scella le destin de William Kidd. Malgré des appels personnels auprès de Guillaume III et Marie II d’Angleterre, Kidd et ses lieutenants furent reconnus coupables de meurtre et piraterie, et condamnés à être pendus à l’Execution Dock, à Wapping, le 23 mai 1701.

Pour certains les évènements qui survinrent ce jour-là relèvent de la sorcellerie, pour d’autres de la justice divine. Peut-être faut-il y voir simplement l’œuvre d’un bourreau habilement soudoyé. Mais qu’importe la raison, il reste qu’au moment où la trappe s’est ouverte sous les pieds de Kidd, l’envoyant basculer dans le vide, la corde supposée lui briser la nuque se coupa en deux. Tandis qu’une folle agitation s’emparait de l’Execution Dock, des hommes acquis au capitaine –membres de l’équipage ayant échappé aux baillis – se précipitèrent à son secours. Kidd, ses lieutenants et ses hommes parvinrent à échapper aux gardes puis, ayant embarqué sur un sloop laissé sans surveillance et bien que recherchés par la marine la plus puissante du monde, à gagner l’océan.

Lorsque le capitaine et son équipage accostèrent enfin à Tortuga, plusieurs mois plus tard, cette évasion miraculeuse était devenue déjà légendaire parmi les pirates et corsaires qui peuplaient ce port mal famé. Le capitaine Kidd eut peu de mal à rassembler les gens nécessaires pour assouvir sa vengeance. Et il l’assouvit bel et bien. Dans les mois qui suivirent son arrivée à Tortuga, les hommes d’argent et de pouvoir qui l’avaient trahi trouvèrent tous la mort ou la ruine. Et les pirates de la Burning Sea de se rassembler toujours plus nombreux sous son pavillon. De corsaire, Kidd était devenu le héros de pirates qui se donnèrent le nom de Camarades de la Côte et ravivèrent le souvenir des cohortes de Henry Morgan, figures du dernier âge d’or de la piraterie.

Certains hommes, à dire vrai la plupart des hommes, s’ils avaient pu détenir le pouvoir et la richesse dont Kidd disposait désormais, auraient autorisé leurs gens à sévir à travers toutes les Indes occidentales ; lorsqu’ils eurent vent du nouveau statut de Kidd, beaucoup en Europe s’attendirent d’ailleurs à voir l’anarchie s’installer depuis la Nouvelle-Orléans jusqu’à Madagascar. Kidd cependant, sachant la façon dont la noblesse corrompue saurait exploiter de telles violences, s’efforça de contrôler les pires des boucaniers ; ces marins sanguinaires allaient constituer le noyau des troupes de Kidd. Ces nouveaux Camarades de la Côte ne seraient au service d’aucune couronne. En faisant voile vers la Burning Sea, Kidd n’avait point l’intention d’y fonder une nation de pirates, et c’est pourtant ce qu’il fit, dirigeant et établissant une paix durable entre les différentes factions pirates grâce à sa volonté et sa force de caractère.

Mais nul n’est immortel, et le héros du peuple que les habitants de Tortuga appellent Lord capitaine William Kidd se trouve à présent à l’automne de sa vie. Quand sa volonté sera éteinte, qui mènera ces nouveaux Camarades de la Côte ? Qui d’autre sera de taille ?

Tiré du populaire (et anonyme) pamphlet “Le César de Tortuga, ou le destin du capitaine William Kidd”

L’ascension d’El Dorado :

Voilà plusieurs décennies, nous – j’entends par là, la Compagnie des Indes occidentales West India Company – avions conclu l’accord habituel avec les indigènes, les habitants d’un village de pêcheurs qui prétendaient descendre de l’ancien empire maya. Comme à l’accoutumée, l’accord plaçait sous contrôle de la Compagnie les ports et bassins et laissait aux indigènes la colonie d’El Dorado – ainsi que les espagnols avaient baptisé ce village, bien des années auparavant. Jamais sans doute ils n’obtiendraient de meilleures conditions, et certainement pas des espagnols. Le chef du village signa tous les traités et nous prîmes contrôle de la baie et de tous les ports qu’elle abritait.

Et puis le ciel s’assombrit.

C’est à cette époque que j’arrivai – ce qui me valut, je le crains, la réputation de porter le mauvais œil. La Compagnie perdit une petite flotte marchande lorsqu’une terrible tempête ravagea la baie. Des navires furent envoyés récupérer la cargaison et secourir les survivants, mais n’en trouvèrent nulle trace. Rien que tonneaux fracassés et corps mutilés, bloqués parmi les épaves. Il fut supposé que la tempête, particulièrement violente pour cette période de l’année, avait emporté les corps vers le large et détruit le reste de la cargaison. La Compagnie se résigna à cette perte.

Au même moment, le gouverneur Jens Roorback commençait de rendre force visites au village d’El Dorado. Naturellement, tout le monde l’y croyait attiré par quelque femme maya, mais lorsque ses visites se firent de plus en plus fréquentes, certains – dont j’étais, servant alors Roorback aussi diligemment que je sers aujourd’hui le gouverneur Ingram – s’interrogèrent sur ses motivations. Il se désintéressait des affaires de la Compagnie, me déléguant toujours plus des tâches qui lui incombaient. Une nuit enfin il disparut, et jamais ne revint… à son poste, tout du moins.

Car lorsqu’il revint, ce fut à la tête d’une petite flotte qu’il présenta comme la « Marine maya d’El Dorado ». Il avait aidé les mayas – qui semblaient en nombre bien plus vaste que nous ne l’avions imaginé – à construire des navires dans le plus grand secret, utilisant à cette fin les marins que nous avions cru morts. Capturés par les mayas de l’arrière-pays, retenus captifs, les pauvres hères furent finalement intégrés à la société maya. Et quelle société… Ces mayas n’avaient rien de commun avec les indigents déguenillés et affamés avec qui nous avions traité. Ils étaient forts, en bonne santé, puissants – et couverts d’or, tellement d’or. Sur leur corps, sur leurs bêtes, leurs barques et leurs navires, partout de l’or. Roorback nous entretint du nouveau souverain maya, et du véritable El Dorado, dont le souverain et lui connaissaient l’emplacement. Une véritable cité d’or, et non quelque misérable village de pêcheurs au nom trompeur. Mais ils n’avaient nulle intention d’en révéler le chemin.

Je crois pour ma part que ces mayas nous observaient depuis le début, attendant pour se dévoiler le moment opportun. Peut-être Roorback avait-il servi d’informateur depuis notre arrivée. Quoi qu’il en soit, la Compagnie n’était pas prête. Ils nous chassèrent de la baie facilement, au même moment où les Fils de Cortez descendaient des montagnes pour revendiquer le nord-est de la baie comme leur territoire.

Les Fils de Cortez se prétendent descendants des conquistadors, abandonnés en ce pays par celui qu’ils nomment le Père supérieur – le tristement célèbre Hernán Cortés. Mais c’est là une autre histoire.

La Compagnie fut bien contrainte d’admettre sa défaite, et nous nous repliâmes sur Maarhaven, notre dernier bastion désormais. Ils nous envoyèrent un nouveau gouverneur, M. Ingram, et ne ménagèrent aucun effort pour conserver à Maarhaven son statut de port libre et ouvert. Pour l’heure, c’est le mieux que nous puissions faire. Roorback ne sera pas éternel. Un jour, nous retournerons là-bas et montrerons à ces mayas et ces maudits Fils de Cortez ce qu’il en coûte de défier la Compagnie des Indes occidentales West India Company. Ce jour n’est pas encore arrivé, mais j’espère vivre suffisamment longtemps pour le voir.

Extrait du journal d’Alfons Claas, majordome du gouverneur Ingram, colonie de Maarhaven.



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